Enfin ! Les résultats d'analyses de polluants dans les sols et les végétaux de la campagne 2006 nous ont été communiqués ! Nous avons même reçu une documentation powerpoint abondante et envoyée suffisamment à l'avance par le SMVO. Malheureusement, il s'agissait de versions Windows XP très récentes, si bien qu'une grande partie des destinataires n'a pas pu ouvrir les fichiers avant la CLIS, y compris l'administration ! La CLIS n'a duré qu'une heure un quart, ce qui a limité le nombre de questions possibles (le sous-préfet avait une urgence à voir avec le préfet à Beauvais). M. Braudeau (Roso), souffrant, n'était pas là. Son remplaçant n'est intervenu qu'une fois, pour demander si la qualité de l'eau de la nappe phréatique avait été analysée avant le début des travaux de construction de l'incinérateur.
Présentation par l'exploitant des résultats relatifs :
1.1- aux rejets atmosphériques canalisés : campagne de mesures réalisées les 26 et 27 Octobre 2006 ;
Rien d'alarmant par rapport aux normes de l'arrêté, tout en restant bien conscient qu'il s'agit de pollutions atmosphériques autorisées par arrêté et qu'Alerte aux déchets n'a jamais cessé de proposer des solutions sans pollution atmosphérique du tout.
Deux questions d'Alerte aux déchets :
1) demande d'un complément d'explication sur le lieu de mesure de la vitesse d'éjection des fumées en sortie de cheminée :
Il m'est répondu que la vitesse est mesurée en base de cheminée et que la vitesse en sortie de cheminée est calculée par extrapolation, à partir de la vitesse dans la section cylindrique d'entrée de cheminée. Il m'est précisé que tous les calculs de vitesse des émissions atmosphériques sont effectués de la sorte dans l'industrie. Selon les ingénieurs présents, l'implantation de capteurs en sortie de cheminée donnerait des résultats fantaisistes à cause du vent et autres turbulences d'air autour et à l'entrée de la cheminée, qui perturbent la régularité des flux de sortie.
Ces turbulences étant bien réelles, cela veut dire que la vitesse de sortie de cheminée n'est qu'une hypothèse et qu'en fonction de la présence ou de l'absence de vent, le principe d'une émission des fumées à plus de 20m/s n'est que théorique. Il serait donc plus logique que l'arrêté mentionne la vitesse de sortie à la base de la cheminée… mais on me répond que cela n'est pas l'usage.
2) le durcissement des normes nationales de mesure des émissions de poussières a-t-il bien été intégré début 2007 dans les protocoles ?
Il m'est répondu qu'il n'y a eu aucun changement réglementaire sur les poussières et que par conséquent aucune modification n'est prévue. C'est une heure plus tard, lors de sa présentation des résultats de la station de Rieux, qu'Alain Cornille, directeur de l'ATMO-Picardie, répondra favorablement à la question d'Alerte aux déchets, en disant que la France a été condamnée par Bruxelles pour défaut d'application de la directive sur la mesure des polluants atmosphériques, concernant les poussières (PM10). La France doit donc modifier un arrêté pour se conformer à la réglementation communautaire (qu'elle a pourtant votée en Conseil des ministres à Bruxelles), mais qu'elle a bien du mal à appliquer sans être condamnée à le faire au niveau européen. Ce changement devrait entraîner une majoration des émissions de poussières. L'ATMO dit qu'elle est en train d'intégrer la nouvelle norme. Silence radio côté SMVO, qui va se pencher sur la question (ça veut dire qu'ils vont se renseigner auprès de l'ATMO-Picardie).
1.2- aux différentes campagnes de surveillance dans l'environnement depuis la dernière CLIS notamment : - les prélèvements dans les sols, dans les végétaux, dans les sols à proximité des végétaux et teneur en dioxines et furannes du lait (campagne de mesures du 11/09/2006) ; - la surveillance de la qualité de l'air ambiant.
Tout d'abord, notons que deux propriétaires (Agri2 et Agri3) ne veulent plus que leurs végétaux soient analysés, ce qui ne nous permet plus de suivre l'évolution de la situation dans ces deux jardins. Des jardins de remplacement vont être recherchés par le SMVO, qui d'ailleurs n'a pas demandé à Alerte aux déchets de lui faire des propositions. De toutes façons, sur les deux nouveaux jardins que choisira le SMVO, on repartira de zéro,avec une nouvelle série statistique.
Dans les jardins analysés, les valeurs en plomb et en chrome mesurées en 2006 sont à la baisse par rapport à septembre 2005. Globalement, après changement du protocole d'analyse en 2006, on constate par rapport à septembre 2005 un retour à la situation 2004. La présence de polluants dans les sols de l'agglo est confirmée, qu'ils soient cultivés ou non. Selon le responsable du labo chargé des mesures (Socor), les variations sont difficilement explicables. Les polluants détectés sont mis sur le compte des pollutions passées. Il n'est pas envisagé que les variations de teneur puissent être liées à des pollutions actuelles d'origine industrielle. Les deux seules exceptions possibles sont des traces d'huiles de moteur disséminées par les automobilistes et les cendres de barbecue ou de cheminée. Toutes les activités issues de l'industrie, de l'incinération ou des chaudières au fioul sont mises hors de cause !
Notons une évolution négative en mercure sur le sol 5, qu'il faudra suivre. Une progression du naphtalène est signalée sur les sols 1, 2, 3 et 4, tandis que ce même polluant diminue sur sol 5. Les teneurs en dioxines retrouvées dans les sols sont en moyenne de 2,5 ng/kg de matière sèche.
Le préfet, le SMVO, les élus se félicitent des bons résultats, les autres ne disant rien, sauf Alerte aux déchets, sur les deux points suivants :
je conteste l'interprétation qui est faite par le représentant de Socor. Selon lui, les fortes teneurs en plomb et chrome retrouvées dans les végétaux en 2005 sont issues du lourd passif de pollution industrielle du bassin creillois. Les fortes teneurs peuvent être expliquées par le vent, qui déplace les particules et crée des concentrations de polluants, et surtout par l'absence de lavage des végétaux : des petits agrégats de terre polluée collée aux légumes auraient été mesurés, ce qui a fait grimper les teneurs de façon non représentative. En 2006, avec des végétaux lavés, ce problème a disparu et la pertinence du nouveau protocole aurait été démontrée !
Cette analyse n'est pas cohérente. En effet, si la terre était polluée, on trouverait les polluants en bien plus grande quantité dans les échantillons de terre analysée (dans les 10 premiers cm du sol), autant que dans ceux des végétaux. Or il n'en est rien. Les courbes « analyses de terre » et « analyses de végétaux » ne sont pas corrélées. Pourquoi de petits agrégats de terre polluée se seraient-ils subitement collés aux végétaux pendant l'été 2005, alors que les analyses de terre ne faisaient ressortir aucune pollution comparable ? La hausse des teneurs en polluants de l'été 2005 (par rapport aux printemps 2004, été 2004 et printemps 2005), ne peut être mise sur le compte des pollutions industrielles passées. On a du mal à imaginer des particules de plomb remonter à la surface des sols et décider d'aller attaquer pendant l'été 2005 tous les végétaux poussant dans l'ensemble des potagers de l'agglo creilloise !
Il n'y a pas lieu de se réjouir d'une amélioration de la situation et d'un retour à la normale… après avoir changé le protocole d'analyse. Par définition, les mesures de 2006 constituent une nouvelle série et non la poursuite d'une série anciennement constituée. Le discours sur les responsabilités passées n'est pas recevable lorsque, pendant l'été 2005, les teneurs en plomb et en chrome dans les végétaux ont été multipliées par des facteurs 3 à 13. L'évolution était immédiate et ne pouvait être liée aux pollutions passées. Ces polluants ont bien été diffusés dans l'atmosphère par un ou des émetteurs du basin creillois. Le SMVO et la préfecture ne peuvent pas se contenter de dire « c'est la faute aux pollutions passées et à un mauvais protocole d'analyse ».
Je demande que les résultats d'analyses des végétaux soient communiqués dans le courant de l'année, par exemple en octobre, et non 6 mois après en plein hiver. Il est important que les consommateurs soient au courant en temps réel de l'évolution de la qualité des végétaux dans le bassin creillois. Le sous-préfet indique qu'il se refuse à gérer ce dossier dans un registre « irrationnel », avec batailles de chiffres dans la presse. Il préfère que les donnés soient lentement mûries et restituées plus tard aux membres de la CLIS.
Monsieur le Sous-préfet préfère donc que ces informations fassent le moins de bruit possible. Effectivement, il est moins risqué de dire aux habitants 6 mois après plutôt qu'en temps réel « les produits que vous mangez sont contaminés par tel ou tel polluant ».
Le représentant du labo d'analyse indique néanmoins que pour lui, il est techniquement possible de livrer les résultats 6 semaines après réalisation des prélèvements, ce qui contredit la prudence du sous-préfet et du SMVO. Le sous-préfet n'en dit pas plus, mais c'est bien connu : moins on cherche ou plus on communique tard les résultats, moins on prend de risques avec l'opinion publique. Il est plus facile de dire « je ne savais pas » ou « les résultats sont arrivés très tard » que de gérer une situation de crise. Alerte aux déchets devra donc refaire constamment cette demande, pour ne pas laisser le dossier s'endormir et les résultats être communiqués toujours trop tard…
Présentation du suivi du compteur annuel des 60 heures (correspondant aux durées d'indisponibilité, article 7.2.6 de l'arrêté préfectoral du 9 Janvier 2006) pour les 2 fours ;
La ligne d'incinération n°1 a été bloquée 42 heures en 2006 et la n°2 47h30, sur un maximum autorisé par l'arrêté départemental de 60 heures par ligne. On observe que les problèmes rencontrés sont souvent provoqués par des arrêts d'approvisionnement en réactifs pour la dépollution. Il nous est certifié que dès qu'un réactif n'agit plus, les mesures en continu détectent une élévation de la teneur en polluant. Si la situation n'est pas réglée dans l'heure, la ligne est arrêtée (contenu du ou des fours vidé dans la fosse à mâchefers).
Présentation par l'INERIS de l'étude réalisée à la demande du SMVO sur les prélèvements issus d'œufs de poulaillers familiaux ;
A la demande de la DRIRE, une contre-expertise a été réalisée par l'INERIS sur l'étude de Vincent Nedellec Consultants sur les dioxines mesurées en 2005 dans les œufs ramassés à Beaurepaire. Ce dernier avait établi que les dioxines de l'incinérateur n'étaient pas les mêmes que celles retrouvées dans les œufs. L'INERIS minore ces résultats en affirmant que l'analyse est incomplète quand les matrices de chlore sont différentes. L'exercice réalisé par le cabinet Nedellec n'aurait été scientifiquement valide que s'il avait été réalisé avec des matrices de chlore équivalentes.
L'INERIS a par ailleurs pointé l'insuffisante prise en compte de facteurs majorants (rugosité, granulométrie) et l'absence de représentation graphique de la dispersion (hypothèse de dispersion des fumées dans un rayon de 4 km autour de l'incinérateur). Malgré ces critiques, l'INERIS arrive à peu près aux mêmes conclusions : l'incinérateur serait une cause secondaire de diffusion des dioxines dans les oeufs de Beaurepaire, par rapport aux pollutions passées et aux cendres de barbecue riches en graisses dioxinées. La question qu'on peut se poser est : l'INERIS pouvait-il parvenir à une autre conclusion que celle-ci ?
Présentation (si les résultats nous sont parvenus) par la DRIRE du dernier contrôle inopiné sur les rejets atmosphériques ;
Un contrôle inopiné a failli avoir lieu en décembre 2006 ! Manque de chance, la DRIRE et l'entreprise chargée du contrôle des émissions se sont cassées le nez sur un arrêt des deux lignes. Juste quand ils sont arrivés. Vraiment pas de chance ! Du coup, le contrôle « inopiné » a été « reprogrammé » et effectué courant janvier. Les résultats « définitifs » n'ont pu être présentés en CLIS du 14 février. Pour rassurer la CLIS, on nous a dit que les résultats provisoires étaient satisfaisants. Après quelques vérifications d'usage, les résultats définitifs devraient l'être encore plus !
Divers.
Mesures de la qualité de l'air à Rieux par l'Atmo-PICARDIE : aucun polluant ne dépasse les normes. Le taux de NO2 est faible (23 mg/m3 sur l'année). L'ozone n'y est pas mesurée. On nous dit que la teneur en ozone à Rieux doit être proche de celle du capteur de Nogent (centre sportif près de la RN16), ce qui veut dire qu'il y a des pics d'ozone à Rieux comme à Nogent et Creil, lorsque les conditions sont propices (beau soleil et masses d'air stables).
Le rapport annuel 2006 du SMVO n'étant pas encore terminé, nous aurons connaissance ultérieurement des résultats d'ensemble de l'activité du syndicat, et notamment l'évolution du taux de collecte et de recyclage des différentes familles de matériaux recyclables.
Notons enfin que notre nouvel interlocuteur du SMVO, Benjamin Durand-Galy, a assisté à notre assemblée générale du 30/11/2006, mais s'est bien gardé de le dire ou d'intervenir. Il m'a dit qu'il ne pouvait pas laisser passer les arguments avancés par Dany Dietmann lors de l'AG (pourquoi n'a-t-il rien dit alors qu'il était présent ? ?). Il souhaite en parler point par point lors d'une rencontre avec des représentants d'Alerte aux déchets. Je lui ai proposé d'échanger par messagerie, afin que tous les membres de l'association puissent profiter de son argumentation, mais il s'en tient à une proposition de rencontre et ne veut pas polémiquer par écrit !
Ajoutons enfin qu'après la CLIS, ceux qui le voulaient ont pu visiter le centre de commandes de l'incinérateur et les modalités d'arrêt des fours en cas de dépassement des normes d'émissions. J'ai demandé à voir aussi la fosse de réception des mâchefers. Les résidus de combustion ou « cendres lourdes d'incinération » tombent dans une fosse remplie d'eau. Leur refroidissement produit de la vapeur qui part pour partie dans le réseau de chaleur de la plate-forme chimique et pour partie dans l'air. Cette fosse de réception consomme plus de 20 000 m3 d'eau par an. Les mâchefers sont ensuite stockés et acheminés vers la plate-forme de Saint-Leu d'Esserent. En cas d'arrêt des fours et de vidange depuis le four vers la fosse à mâchefers, les imbrûlés sont récupérés, mis à refroidir avant d'être remis dans la fosse de réception, puis à nouveau brûlés.
Prochaine CLIS en octobre 2007.
Pour Alerte aux déchets
Pierre Bouillon
